Fourrure Canada Goose : quel impact sur les animaux ?

Les organismes de défense des droits des animaux affirment que la fabrication de la fourrure Canada Goose serait responsable de la souffrance des animaux concernés comme les coyotes et les oies.

Canada Goose est devenu une marque de renom pour les manteaux d’hiver – son logo rouge, blanc et bleu se voit partout à New York, Londres, Montréal, et dans d’autres villes confrontées à des froides températures hivernales. L’entreprise Canadienne a été fondée en 1957 et est aujourd’hui devenue un incontournable. On voit régulièrement des people arborer fièrement un de ces manteaux à capuche décorée de fourrure. En 2010, la marque de vêtements Very Own de Drake a commencé à s’est lancé dans un partenariat avec cette marque très convoitée. Trois ans plus tard, on pouvait voir Kate Upton porter un manteau blanc CG sur les couverture de magazines, et s’afficher comme égérie de la marque.

Les manteaux Canada Goose sont considérés comme des produits haut de gamme, et le prix qui va avec. Sur le site de la marque, le tarif le moins élevé que l’on peut trouver est de 320€ pour les hommes, et peut monter jusqu’à 1500€. Cependant, cela n’effraie pas les consommateurs. En 2018, le cours de l’action de Canada Goose a grimpé à 51€, et lorsque le premier magasin a ouvert ses portes à Pékin au cours du second semestre de l’année 2018, la file d’attente s’est s’étendait tout au long de la rue. (Canada Goose a depuis ouvert 20 magasins dans le monde.) Cette popularité (et ces prix élevés) a également causé des problèmes : une école en Angleterre a même interdit ces manteaux ornés de fourrure pour éviter que les étudiants moins aisés ne soient intimidés parce qu’ils n’en ont pas. Aux États unis, de nombreuses personnes ont été enlevées et dépouillées de leur veste Canada Goose.

Malgré ce succès, la marque de manteaux de luxe n’est pas épargnée par les critiques. On voit régulièrement sur les réseaux sociaux des critiques s’amusant à dresser le portrait du porteur de ces vêtements, qui aime s’afficher et se moque un peu de l’impact que sa consommation peut avoir. Le compte tumblr Canada Douche avait connu un franc succès en dressant une caricature du porteur de Canada Goose. On pouvait y voir des commentaires comme : « Ils portent des vestes, ne boivent que du Starbucks et n’utilisent que les derniers produits Apple, mais se plaignent quand même des frais de scolarité élevés ».

Mais il y a une autre raison pour laquelle la marque canadienne est très critiquée : Au cours des huit dernières années, PETA mis en place une campagne de panneaux d’affichage anti-Canada Goose en Amérique du Nord et en Europe, et a protesté à l’ouverture de chaque nouveau magasin. Les groupes de défense des animaux militent pour que les consommateurs cessent de porter du Canada Goose, non pas parce qu’ils ont l’air d’idiots, mais parce qu’ils prétendent que la société a commet de graves actes de cruauté envers les animaux.



La fabrication de fourrure est elle à l’origine de cruauté animale ?

La capuche de ces manteaux de qualité supérieure est doublé avec de la fourrure. Il s’agit d’une véritable fourrure de coyote sauvage. Canada Goose affirme qu’elle achète sa fourrure en respectant l’Accord international sur les normes de piégeage sans cruauté (AIHTS) établi par le Canada en 1997, qui vise à fixer des normes pour la capture d’animaux sauvages. Canada Goose se conforme également à des réglementations similaires aux États-Unis, qui sont régies par une politique appelée « Best Management Practices » (BMP).

La réglementation de l’AIHTS impose de prouver que les pièges ne causent pas de dommages à au moins 80% de la population de coyotes. La définition des blessures causées est large : de « l’immobilité excessive et l’absence de réaction » à l’amputation et même à la mort. Bien entendu, les coyotes capturés pour leur fourrure seront finalement tués et écorchés, mais le but recherché est de minimiser la douleur causée par les pièges. La liste actuelle des pièges à coyotes approuvés par l’AIHTS comprend le piège à pied Belisle. Ce qui attrape la patte de l’animal, au lieu de lui infliger des douloureuses blessures avec des « dents » acérées. Un câble supplémentaire permet de sécuriser et d’immobiliser l’animal sans le blesser. D’autres pièges, comme la pince en caoutchouc Duke n°3, utilisent des manchons en caoutchouc au lieux des dents, ce que certains considèrent être plus humains.

Bien que le Canada ait approuvé ces deux pièges, leur utilisation a été interdite dans des dizaines de pays, dont l’ensemble des pays de l’Union européenne. Une proposition vise même à interdire les fourrures provenant des pays qui n’interdisent pas l’utilisation de pièges dents, prétendant qu’ils « s’accrochent fermement à un ou plusieurs membres des animaux, ce qui souvent leur casse les os et leur coupe la peau ».

La principale raison pour laquelle le Canada a d’abord créé l’AIHTS était de parvenir à un compromis avec l’UE, plutôt que de faire face à une interdiction complète.

Aux États-Unis, les réglementations relatives au piégeage de la fourrure varient d’un État à l’autre, mais dans la plupart des cas, elles exigent que le coyote soit tué dans les 24 heures suivant sa capture. L’expert en faune et flore Stanley Gehrt a déclaré dans la presse : « Ce n’est pas efficace à 100%, mais en termes de dommages, cela dépasse largement le seuil de 80% [requis par l’AIHTS]. »

Gehrt explique que le problème est que tous les États ne sont pas aussi stricts : par exemple, le Wyoming n’exige la vérification des pièges que tous les trois jours, ce qui peut entraîner une grande souffrance pour les coyotes. L’animal peut essayer de mâcher le piège, mais il mordra généralement la jambe ou le pied engourdi. Il affirme que : « en essayant d’extirper leurs membres du piège, ils endommagent aussi le tissu musculaire. » « Ils se déshydratent. Lorsqu’ils sont coincés dans le piège pendant si longtemps, ils peuvent mourir de froid ou de faim. »

Il existe également les trappeurs braconniers, qui négligent la réglementation ou n’utilisent pas les pièges correctement.

Les directives des États diffèrent également en ce qui concerne la manière dont les coyotes sont tués. a déclaré M. Gehrt : « Certains chasseurs les frappent avec des marteaux ou des battes de baseball. » « Si les États savaient cela, ils adapteraient probablement leur législation, mais cela continuera à se produire dans certains endroits. » Il a également ajouté : « Ces acteurs peu scrupuleux sont une minorité. La grande majorité des États et des provinces appliquent des directives très strictes. Dans tous ces cas, c’est une approche relativement humaine ».

 

La marque Canada Goose obtient-elle de la fourrure sans cruauté animale ?

Canada Goose a déclaré ne pas considérer que le piégeage soit de nature cruelle. Une déclaration sur le site web de l’entreprise dit : « Nous croyons que tous les animaux ont droit à un traitement humain, dans la vie comme dans la mort, et nous nous engageons fermement à sourcer de manière éthique et à utiliser de manière responsable tous les matériaux d’origine animale contenus dans nos produits ».

Toutefois, un piège humanisé ne signifie pas que l’animal n’a pas souffert, mais seulement qu’il a moins souffert qu’avec un piège standard. Les coyotes sont des animaux sociaux et affectueux. Le fait d’être piégé par un piège aussi « humanisé » qu’il soit peut causer un certain degré de souffrance.

Ce n’est que dans le meilleur des cas : Les clients de Canada Goose ne peuvent pas savoir si la fourrure de la veste provient d’un État dont la réglementation est stricte ou non. Interrogée sur l’origine exacte de la fourrure du coyote, la marque Canadienne s’est contentée de répondre « Toute notre fourrure provient d’une zone largement distribuée dans l’ouest de l’Amérique du Nord. »

En 2015, l’Organisation canadienne pour la justice animale a déposé une plainte auprès de l’Autorité canadienne de la concurrence, affirmant que Canada Goose décrivait son processus de piégeage des coyotes comme « sans cruauté », ce qui est trompeur. Le groupe insiste sur le fait que les clients puissent croire au fait que le processus de fabrication soit sans cruauté.

Camille Labchuk, directrice de la société canadienne Animal Justice, qui défend le droit des animaux, a écrit sur le site web de l’organisation : « Il est bien connu que le commerce de la fourrure se livre à des pratiques que la plupart des consommateurs ne considèrent pas comme humaines, notamment les pièges qui infligent des blessures graves, et la torture des animaux. » « Canada Goose s’attaque à la conscience morale des consommateurs en prétendant que la décoration des capuches de leurs manteaux provient de coyotes piégés sans cruauté. » Cependant, le Bureau de la concurrence a rejeté la plainte en 2016 en répondant à M. Labchuk dans une lettre : « L’enquête n’a pas convaincu le commissaire que la déclaration de Canada Goose soit fausse ou trompeuse en substance. »

Non satisfaite de cette réponse de pas plus d’une page, Mme. Labchuk a déclaré : « Ce qui m’a choqué, c’est que leur lettre ne donne guère la raison pour laquelle ils ont choisi de suspendre l’enquête. » Elle a ensuite soumis un dossier public, demandant des documents liés à cette décision, et a ajouté : « Pour éviter d’avoir à divulguer ces documents, ils se sont battus contre moi pendant près de trois ans. »

Labchuk croit toujours que Canada Goose trompe les consommateurs sur le comportement potentiellement cruel de l’achat de ses ornements en fourrure. “Il est évident que les personnes rationnelles qui comprennent le degré de souffrance autorisé par la loi ne diront jamais que les pratiques de piégeage du Canada sont « humaines ». Ce terme est plus souvent utilisé par les sociétés de protection animalière, en rapport avec des intentions de sympathie et non de douleur et de mort. Ce mot est vraiment ancré dans les esprits comme de la bienveillance animalière et non une meilleure manière de les blesser. « 

Gehrt, qui a dû apprendre à attraper le coyote pour ses études, a réalisé que le piégeage pouvait être utile dans certaines circonstances. Il n’est d’ailleurs pas sûr que cela s’arrête complètement un jour. Cependant, il a déclaré : « Nous imposons de plus en plus de restrictions sur la chasse des coyotes, et il y a de moins en moins de marchés pour leur fourrure. Le nombre de pièges autorisés est en baisse constante ».

Malgré toutes les nuances, il reste un fait inévitable : des coyotes doivent mourir pour pouvoir fabriquer des vestes Canada Goose. Même si ce n’est pas un problème pour certains, il est aujourd’hui impossible de savoir exactement à quel point l’animal a souffert au cours du processus.

 

La fourrure Canada Goose contiennent également des plumes d’oie

Il n’y a pas que les coyotes qui contribuent à la fabrication de ces manteaux, Canada Goose  utilise effectivement du duvet d’oie (la couche interne duveteuse de l’oiseau) dans la doublure de ses manteaux. C’est ce qu’indique Canada Goose sur son site web : « Nous l’utilisons parce qu’il est considéré comme l’un des meilleurs isolants naturels au monde ». « Nos composés de duvet contiennent tous du duvet huttérite, qui est la plus haute qualité qu’on peut trouver au Canada. Ce duvets nous permet de fabriquer des vestes plus légères sans sacrifier la chaleur. « 

Le duvet huttérite de Canada Goose provient entièrement de Feather Industries, basée à Toronto, qui achète des plumes à l’industrie de la viande. Feather Industries insiste sur son site web : « Tous les duvets et plumes achetés, traités et vendus sont des sous-produits de l’industrie de la viande d’oiseaux aquatiques. Les oiseaux aquatiques n’ont jamais été élevés dans le seul but de récolter du duvet ». L’entreprise qui insiste sur le fait qu’il ne peut être acheté qu’à la ferme veille à ce que « tous les partenaires traitent les animaux de manière éthique et humaine ». Cela inclut les fermes où l’alimentation obligatoire ou la cueillette d’animaux vivants est interdite.

Mais à la fin de 2017, PETA a publié une vidéo enregistrant ses abus sur les oies à la James Valley Colonial Farm (JVC) au Manitoba, un fournisseur de l’industrie des plumes. Dans le clip, vous pouvez voir les oies empilées les unes sur les autres. Après qu’un oiseau ait été écrasé à mort, un fermier a jeté le corps sur la clôture. Les autres oies sont ensuite emballées et transportées dans des cages étroites. Puis, après que les oiseaux aient été tués et retirés, la caméra d’infiltration a filmé ce que PETA a prétendument contusionné sur les ailes de nombreuses oies.

 

Canada Goose prétend que les oiseaux de la vidéo allaient en fait dans un abattoir du Dakota du Sud, et non à l’usine du Manitoba qui les transformait. L’entreprise a déclaré : « Nous respectons notre engagement d’approvisionnement éthique grâce à un programme d’audit par un tiers mis en place par l’Institut et les laboratoires de l’IDFL. » « [Ils] sont à tous les niveaux de notre chaîne d’approvisionnement, de la ferme à l’usine. Des audits d’échantillonnage pour s’assurer qu’aucun animal n’a subi de pratiques déloyales, de traitement inhumain ou de préjudice injustifié. « 

Feather Industries a également insisté sur le fait que la vidéo était trompeuse : « Avec notre rôle de fournisseur de fourrure Canada Goose, nous pouvons confirmer que JVC Farms n’est pas un fournisseur de la marque, et qu’elle n’a pas inclus plus de 10 de ses clients dans la chaîne d’approvisionnement de Canada Goose », a déclaré un représentant. « Nous pouvons également confirmer que les pratiques représentées dans cette vidéo ne provient pas de notre chaîne d’approvisionnement. Notre production est conforme à des normes strictes et est soumis à une supervision fédérale et provinciale rigoureuse. Plusieurs inspecteurs sont nécessaires tout au long du processus pour s’assurer que les oiseaux ne sont pas contaminés, ou n’ont pas subi de pratique déloyale, inhumaine ou inappropriée. »

PETA a contesté cette affirmation et a mis en avant une vidéo de 2016 sur Canada Goose qui semble identifier les employés de JVC comme un des fournisseurs de la marque. En tout état de cause, après la diffusion de la vidéo d’infiltration, JVC a promis de former ses employés afin d’assurer une meilleure manipulation des oies lors de leur transport.

Mais la réalité est que la pratique utilisée pour fabriquer les doudounes Canada Goose n’est pas très différente de celle utilisée pour l’agriculture. Elle dépend de votre tolérance à l’égard de la souffrance des animaux. Dans l’ensemble, les tendances sont à l’inverse de la mode de la fourrure : dans une enquête de Mic en 2016, près de 70% des jeunes de la génération Y ont déclaré qu’ils n’achèteraient pas de nouveaux vêtements en fourrure. Gucci, Armani et Michael Kors, qui sont des acteurs majeurs dans l’industrie du textile, ont atteint un taux de 100 % d’absence de fourrure. La première semaine de la mode végétalienne au monde s’est tenue à Los Angeles en février 2019, proposant des robes dérivées de cuir artificiel faites de feuilles d’ananas. Les nouvelles technologies offrent de plus en plus de possibilités pour remplacer les produits d’origine animale dans nos garde-robes. Reste à savoir si Canada Goose se joindra à la tendance.

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