Auteur/autrice : Zoe Moya

Comment la mode est devenue si polluante ?

Une industrie très rentable L’industrie de la mode est une immense industrie qui comprend les vêtements, les chaussures, les bijoux et les cosmétiques. Elle a connu une croissance constante au cours des dix dernières années à tel point qu’en 2019, sa valeur globale était estimée à 3 000 milliards de dollars. Si la valeur de cette industrie était le PIB d’un pays, il serait alors classé 10e au monde ! Plus qu’une affaire de textile On peut diviser la mode en deux moitiés distinctes mais interconnectées. D’une part, elle un élément symbolique fort, pouvant jouer sur nos désirs ou nos systèmes de représentations. Elle sert notamment à définir des identités ou des statuts sociaux. D’autre part, elle constitue fonctionnement pragmatique, à travers sa chaîne économique allant du design à la fabrication, jusqu’au transport dans nos magasins. Ainsi, chaque vêtement ou produit que nous achetons peut être retracé jusqu’aux origines des matières premières utilisées pour sa fabrication. Aujourd’hui, la plupart des vêtements que nous achetons sont effectués en Asie du Sud-Est, mais cela n’a pas toujours été le cas. Il y a tout juste 30 ans, les vêtements étaient encore fabriqués localement. Alors comment en sommes-nous arrivés là ? Le textile à l’origine de la révolution industrielle Avant la révolution industrielle, les habits et autres articles textiles étaient fabriquées par des artisans qui travaillaient de leurs propres mains. La révolution industrielle a radicalement changé le fonctionnement de la société. Avec l’invention de la machine à vapeur, le développement des machines-outils, et la construction de nombreuses usines, tout a pu être fabriqué plus rapidement et en plus grande quantité. Saviez-vous que l’invention du métier à tisser mécanique est considéré comme marquant le début de la révolution industrielle ? Eh oui, l’industrie textile a été la première industrie à utiliser des méthodes de production modernes. Le développement des transports et des technologies de communication, a transformé l’ensemble des habitudes de production et de consommation dans un réseau mondialisé interconnecté. Mode et mondialisation La mondialisation de l’industrie de la mode a donné lieu à des chaînes d’approvisionnement longues et complexes, mais aussi à un marché mondial de consommateurs. Ces évolutions posent de nombreux défis car il devient plus difficile de contrôler les début et fin de vie des produits. Ces défis peuvent concerner l’origine des matières premières, les produits chimiques utilisés pour produire le tissu ou encore les conditions de travail dans les usines sous-traitantes. Ces défis sont aggravés par le fait que pour de nombreuses marques de mode, la réduction des coûts et l’augmentation des profits est l’objectif principal. Concrètement, les désirs de croissance économique rapides au profit des actionnaires et au détriment de l’environnement et des conditions de travail expliquent pourquoi l’industrie de la mode est à la fois une des plus rentables et des plus polluantes au monde ! C’est tout notre système actuel qui célèbre la croissance économique mais ne soutient pas les préoccupations environnementales et sociales. Sous la pression des consommateurs, les choses commencent un petit peu à changer, mais la route est encore longue !

By Zoe Moya 05/10/2020 0

10 idées pour une mode durable

L’industrie de la mode est pointée du doigt depuis plusieurs années pour ses pratiques désastreuses envers la planète. La culture de la mode jetable, la course aux prix les plus bas, l’usage des produits chimiques et les conditions de travail souvent indécentes des travailleurs dans pays en développement sont autant de facettes d’un système économique à bout de souffle. Cette situation est très lucrative pour un petit groupe de personnes mais il est de plus en plus évident qu’elle n’est pas viable à long terme et que les choses doivent changer rapidement. Tandis que la plupart des grandes marques font du greenwashing et tentent de redorer leur image en sortant des gammes de produit utilisant des matérieaux recyclés ou synthétiques moins polluants, des voix s’élèvent pour penser un transformation plus radiacle de l’ensemble de a chaine industrielle. Celle-ci commence par les designers de modes qui, bien souvent ne sont pas formés pour penser la concereptions d’articles de mode de façon écologique. Parmi ces voix, nous pouvons citer TED Project, basé à Londres, qui milite depuis 10 ans pour proposer des nouvelles pratiques aux designers de modes afin de leur permettre changer radicalement la pratique de l’industrie.   Voici leurs 10 propositions pour une mode plus responsable. 1 – Réduire les déchets Encourager les designers à réduire au maximum les déchets créés dans l’industrie textile, tant avant qu’après la consommation. Cela inclut la réduction et le recyclage des déchets, mais aussi l’idée que dès le départ, nous devons éviter de produire des choses qui ne fonctionnent pas et dont les gens ne veulent pas. Exemples : Conception lente Conception pour les applications à longue et courte durée de vie Zéro déchet Valeur esthétique accrue des articles 2 – Concevoir des articles recyclables Lorsque l’on conçoit des produits ayant vocation à être recyclés, le processus de pensée est complètement différent. Cela consiste non seulement à conserver les ressources qui ont servi à la production de certains produits, mais aussi à savoir utiliser au mieux des matériaux issus du recyclage Exemples : Créer des articles recyclables Créer des article avec un matériaux unique Favoriser de désassemblage pour le recyclage 3 – Réduire les impacts chimiques Les produits chimiques sont nombreux et important dans la conceptions des articles de mode. Une sélection de procédés et de produits plus appropriés peut minimiser les impacts environnementaux. Exemples : Rechercher des matériaux produits biologiquement Utiliser la technologie mécanique pour créer des motifs décoratifs de surface non chimiques Créer des effets pour remplacer les matériaux et les procédés connus pour être nocifs 4 – Réduire la consommation d’énergie et d’eau La consommation d’énergie et d’eau dans l’industrie textile est extrêmement élevée et se produit à chaque étape du cycle de vie des textiles – au stade de la production, au stade de l’utilisation (où les consommateurs utilisent et prennent soin des textiles et des vêtements) et au stade final (qui couvre soit l’élimination et/ou la réutilisation du matériau. Exemples : Dans la phase de production : Impression et teinture par aspiration Systèmes de dessin à sec Teinture à l’air Dans la phase d’utilisation : Conception pour le non-blanchiment ou le faible blanchiment Revêtements techniques pour réduire les lavages Un étiquetage innovant et informatif Localisation Systèmes énergétiques naturels 5 – Explorer les technologies propres/améliorées Remplacer les systèmes de production par des technologies moins consommatrices d’énergie et plus intelligentes pour réduire les impacts environnementaux. Exemples : Matériaux et procédés biologiques Impression 3-D Laser Jet d’eau Coupure sonique Soudage sonique Impression numérique Nouvelles techniques de teinture Finition numérique 6 – Un design qui tient compte des modèles de la nature et de l’histoire Cette stratégie vise à déterminer dans quelle mesure les concepteurs de textiles peuvent trouver l’inspiration et les informations nécessaires à la conception durable future en étudiant et en réfléchissant sur la nature ainsi que sur les textiles, les habitudes et les sociétés du passé. Exemples : Polymères à mémoire de forme pour imiter le mouvement naturel Les nano-revêtements “effet lotus” Velcro Aider à faire et réparer D.I.Y/ personnalisation Techniques historiques de teinture/impression 7 – Concevoir une production éthique Il s’agit d’un design qui utilise et investit dans les compétences artisanales traditionnelles. Il s’agit d’une production éthique qui soutient et valorise les droits des travailleurs, et de l’approvisionnement en matériaux issus du commerce équitable. Elle s’interroge sur la signification de la production éthique et sur la manière dont elle diffère pour chaque échelle de production et de fabrication. Exemples : Approvisionnement en matériaux issus du commerce équitable Engager des fournisseurs qui respectent les codes de conduite Chaînes d’approvisionnement verticales Prise en compte des ressources locales Les concepteurs agissant comme facilitateurs de l’entreprise durable dans les communautés 8 – Réduire le besoin de consommer Cette stratégie consiste à fabriquer des choses qui durent, des choses que nous voulons vraiment et que nous voulons garder et soigner, et à concevoir et produire des textiles et des produits qui s’adaptent et changent avec l’âge. Cette stratégie consiste également à explorer des formes alternatives de conception et de consommation telles que la co-conception et la consommation collaborative. Exemples : Conception durable sur le plan émotionnel Conception lente Participation des consommateurs à la co-conception et à la consommation collaborative, à l’approvisionnement par la foule et aux réseaux sociaux Applications pour des informations sur mesure 9 – Dématérialiser et développer des systèmes et des services Cette stratégie introduit le concept de conception de systèmes et de services en lieu et place de produits ou pour soutenir ceux-ci, par exemple la location, le partage, la réparation. Exemples : Bail Partager Réparation Partage de l’expérience Méthodes de conception des services centrées sur l’utilisateur Collaboration en ligne/communautés locales 10 – Activisme en matière de design Dans cette stratégie finale, nous encourageons les designers à laisser le produit derrière eux et à travailler de manière créative avec les consommateurs et la société dans son ensemble. Il s’agit de concevoir des événements et des stratégies de communication au-delà de la conception du produit afin d’accroître les connaissances des consommateurs…

By Zoe Moya 25/09/2020 0

Ce que le pacte vert pour l’Europe signifie pour les textiles

La commission européenne a adopté récemment le Pacte vert pour l’Europe (ou « European Green Deal »), un ensemble de mesures ambitieux voulant faire de l’Europe d’ici 2050 le « premier continent neutre pour le climat ». L’industrie textile est naturellement concernée. L’industrie textile a parcouru un long chemin en termes de durabilité. Les usines réalisent les véritables avantages de l’adoption de pratiques respectueuses de l’environnement, et les organisations commencent à les tenir responsables de leurs actions. L’Europe, entant que deuxième exportateur au monde de textile, est directement concernée par ces pratiques et règlementations. L’année dernière, la Commission a publié le pacte vert pour l’Europe qui contient des lignes directrices assez strictes sur la manière dont les usines et les entreprises doivent mettre en œuvre et donner la priorité à l’efficacité énergétique, ainsi que la méthodologie de l’économie circulaire. La création du pacte vert a amené beaucoup de gens à se demander dans quelle mesure les industries du textile et de l’habillement seront touchées, et comment les politiques seront appliquées par la Commission. Qu’est-ce que le pacte vert pour l’Europe ? Le pacte vert pour l’Europe est un ensemble de mesures et de politiques présentées par la Commission européenne pour faire face aux défis que représentent le réchauffement climatique, les espèces en voie de disparition et la pollution des forêts et des océans. Selon le site web de la Commission, ” Le pacte vert pour l’Europe met en place une nouvelle stratégie de croissance pour l’UE. Il soutient la transition de l’UE vers une société équitable et prospère qui répondra aux défis du changement climatique et de la dégradation de l’environnement et qui améliorera la qualité de vie des générations actuelles et futures.”. Plusieurs secteurs sont concernés par ces mesures : Énergie – Poursuite de la décarbonation et priorité aux énergies renouvelables Industrie – transition ver un économie circulaire et neutre pour le climat Construction – La conception des bâtiments doit être conforme à l’économie circulaire, et l’utilisation de l’énergie doit être étroitement réglementée. Transport – Les émissions dues au transport doivent être réduites, et le fret doit être remplacé par les voies ferroviaires et voies d’eau. Alimentation – Concevoir un système alimentaire juste, sain et respectueux de l’environnement. Biodiversité – Encourager les importations qui ne créent pas de déforestation. Préserver et rétablir les écosystèmes. Pollution – Réduire la pollution provenant des grandes installations industrielles et développer des alternatives durables aux substances toxiques. Le pacte vert et les textiles L’année dernière, la Commission européenne avait publié un document sur les produits durables et définissait un cadre pour la réglementation des biens de consommation dans une économie circulaire. Voici quelques-uns des principaux objectifs de ce programme en ce qui concerne les vêtements et les textiles : Fournir aux ouvriers d’usine un salaire décent. Assurer la transparence et à la traçabilité tout au long des chaînes d’approvisionnement. Encourager le développement des technologies de traitement pour le recyclage des matières premières. Faire appliquer le règlement ECHA (REACH en anglais) : enregistrement, l’évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques. Faire appliquer les critères de l’Éco-label européen pour les textiles. Limites du pacte européen Le plan d’action de la Commission européenne pour l’économie circulaire encouragera l’industrie au greenwashing, ce procédé de marketing donnant parfois aux entreprises une responsabilité écologique trompeuse. La question reste ouverte sur la façon dont ces changements pourront être mis en œuvre. Les marques devront donc faire preuve de créativité (peut-être en offrant des incitations à ceux qui participent aux programmes de recyclage) tout en restant rentables. En effet, ces changements peuvent-ils être réalisés sans une augmentation des coûts ? Les consommateurs seront aussi au centre de ce changement, et leur attitude continuera d’avoir un impact sur les stratégies des entreprises du textile. La réussite de ce pacte dépendra également du reste de la planète. Le commerce du textile étant mondialisé, le tournant éco-responsable de l’Europe devra se faire avec la coopération des pays des autres continents. En réalité, le pacte européen vient encourager politiquement ce que plusieurs entreprises, ONG et labels faisaient déjà avant. Comme nous le voyons régulièrement dans La Goose, de nombreuses marques mettent au cœur de leur stratégie le respect vis à vis de la planète. On peut considérer que le pacte vert européen est une confirmation que la conscience éco-responsable est au cœur des préoccupations citoyennes pour les années à venir. Pour résumer, voici la vidéo de présentation du “European Green Deal” (sous-titres disponibles en français).

By Zoe Moya 28/06/2020 0